Montréal, té belle.
Té belle quand tu te fâches à grands coups de pancartes et de casseroles.
Té belle quand tu te rassembles pour crier.
Té belle quand tu ne casses rien d’autre que des oreilles.
Montréal est en colère. Peut-être qu’elle gronde aussi ailleurs mais pardonnez-moi : je ne témoigne que de ce que je peux voir.
Montréal est en colère de voir des industries minières s’installer dans le Nord sans qu’on leur demande de respecter notre paysage, notre écosystème, notre boréal.
Sans qu’on leur demande de payer leur juste part.
Montréal est en colère de voir des industries gazières s’installer dans la Vallée du St-Laurent sans qu’on leur demande de respecter nos terres agricoles et nos agriculteurs qui ont déjà assez de problèmes comme ça.
Sans qu’on leur demande de payer leur juste part.
Montréal est en colère de voir des mafieux prendre d’assaut ses chantiers de construction sans qu’on leur demande de respecter nos lois. Qu’on accepte tacitement qu’ils contribuent aux caisses des partis sans contribuer aux impôts.
Montréal est en colère qu’on demande aux étudiants de se ramasser les frais d’un système en décrépitude. Qu’on les prenne pour cible d’un problème qu’on tente de compartimenter quand tout est communiquant en ce bas monde. Qu’on demande à ceux qu’on prépare pour plus tard à être prêts tout de suite à affronter l’injustice sociale.
Qu’on utilise leurs manifestations pour prendre en souricière tous les citoyens du Québec qui souhaiteraient marcher leur désaccord avec une loi sans queue ni tête.
Qu’on les prenne en prétexte.
Les baby-bommers auraient été les révolutionnaires tranquilles, et les étudiants ne seraient aujourd’hui que des enfants-roi? Est-ce que cette réflexion tient la route? Je pose simplement la question, sans prétendre avoir la réponse. Tout le monde semble détenir les réponses ces temps-ci, mais la solution ne se pointe pas le bout du nez, elle.
Tout ce que je sais, c’est qu’hier c’était le 22 mai et que Montréal était belle. Belle comme le 22 avril.
Elle était surtout belle à 20h au son des casseroles. Marcher de Rachel à Crémazie et entendre partout des foyers de manifestations pacifiques, c’était un baume sur le coeur d’une jeune femme qui aime voir son monde se réveiller de sa léthargie et se poser des questions à voix haute. Exiger des réponses, surtout.
“Pourquoi vous tapez sur des casseroles les enfants?”
”Pour réveiller le monde!”
Peut-être auriez-vous dû apporter vos casseroles au centre-ville, là où des imbéciles ont rempli les nouvelles en continu toute la nuit.
Peut-être auraient-ils pu taper sur vos casseroles au lieu de taper sur des voitures, sur des manifestants, sur des vitrines.
Si Villeray a besoin de se réveiller, eux aussi.